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Cuisinier Mo 6 offre son ami arabe le harira du ramadan.

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INTRODUCTION: LES IMAZIGHEN À LA CAMPAGNE (4 photo's)









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1. Reportages Photo's & avec textes sur al-Maghreb al-Aqsa:


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*(1). Procession of the possessed


*(2). Donation of gifts to a saint

*Exorcism in a sanctuary (Marrakech)

*Moroccan town-life: the history of al-Araich told by Mustapha

*Emancipated Arab Women

*Marriage Festival of Imazighen

*Muslim Ecstasy: Hamadsha brotherhood

 

“Fantasia” as part of a mussem-festival dedicated
to the birthday of a holy saint
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Articles sur les IMAZIGHEN en français: 

1. CULTURE ET LANGUE DES IMAZIGHEN. Le rôle du tamazight en tant que langue nationale (Resultats de mon enquête parmi les jeunes au Maroc)

2. LANGUE ET ETNICITÉ. Colloque à l'Université de Beni Mellal (Conflit entre culture Amazigh & Arabe)


Intervention à l'Université Libre d'Amsterdam - 2005:


COMPARAISON ENTRE LE "SALAFISME" DES JEUNES MAROCAINS AU MAROC ET DE CEUX AUX PAYS-BAS.

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More Publications of dr Haleber about Morocco in Dutch language:

1. Teksten over de onbespreekbare dubbelzinnige vormen van het Marokkaanse nationalisme: wat waren de verzetshelden van de Marokkaanse onafhankelijk-heidsstrijd in feite...?

Rovers en kidnappers…? Opstandelingen tegen het centrale sultans gezag (dat in Frans-Spaanse hand was)…? Of collaborateurs met de koloniale mogendheden…? Of echte helden, mujahedeen..?
Een discussie van  Abdelmagid Benjelloun & Ron Haleber [Discussion about the ambiguous Moroccan nationalism: Heroes or traitors...? Cities against country-side...?]


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RON RECEIVING A DOCTOR DEGREE IN SOCIAL SCIENCES
AT THE UNIVERSITY OF AMSTERDAM


Ron assisted by two politicians:
(on the right:) Rachid Jamari - member of the city-council of
Amsterdam (M.A. in economy of Mohamed V in Rabat - supervisor: Abdelaziz Belal)
& (on the left:) Mustafa Ustalar - member of the Zeeburg-council

Here below: the contents of my Ph.D. Thesis about Moroccan Youth:


 
RON HALEBER: LA RÉVOLTE DE LA JEUNESSE MAROCAINE CONTRE LA MONDIALISATION OCCIDENTALE: LEUR BRICOLAGE ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ (Thèse de doctorat d'Etat)


 
Page introductive: Table des matières et Desseins statistiques.


 
Partie A. À la recherche de l'héritage culturel dans l'imaginaire des jeunes Marocains.


 
Partie B. Reproduction des résultats de l'enquête: attitude et pratique culturelles des jeunes Marocains.


 
Partie C: Le recours «bricoleur» à la tradition de la part des jeunes Marocains pendant l'époque de la «globalisation». Proposition d'une lecture «postcoloniale».


 
Bibliographie & Questionnaire



Dr. Ron Haleber adressing a Congress of Human Rights & Amazigh activists in Rabat - the capital of Morocco:










Mon intervention au congrès de l'Université Libre à Amsterdam à l'occasion de la commémoration des 400 années de contact entre les Royaumes du Maroc et des Pays Bas:


COMPARAISON ENTRE LE "FONDAMENTALISME" DES JEUNES MAROCAINS AU MAROC ET DE CEUX AUX PAYS-BAS.

Concernant l'auteur: Dr Ron Haleber, islamologue et chercheur en sciences sociales sur la migration, l'islam et la culture marocaine. Doctorat d'État en 2001 à l'Université d'Amsterdam: La révolte mondiale contre l'Occident: Enquête et analyse des attitudes culturelles et religieuses chez les étudiants au Maroc. Publications: Islam et Humanisme: le Désarroi de la Raison Islamique chez Mohammed Arkoun, Mohammed Abid Jabri, Hassan Hanafi et Farid Esack (en néerlandais: Amsterdam, Éditions VU 1992 - nouvelle rédaction en arabe: Damas, al-Anhali 2001). Les effets sociaux des Versets Sataniques de Salman Rushdie aux Pays-Bas, Amsterdam, SUA 1989. Le Maroc, Institut Royal des Pays Tropiques. Amsterdam (KIT), 1990. Website avec publications: www.ronhaleber.nl


Les différentes expressions du 'fondamentalisme' mondial de l'islam varient selon la région. L'islam politique - l'islamisme - au Maroc s'est intégré politiquement au niveau national notamment dans le parti PJD et dans le mouvement politique d'Abdessalam Yassine. En Hollande l'islam politique manque de présence publique - malgré le fait qu'il y existe selon la moukhabarât (les services de l'Intérieur) des mosquées décriées comme "fondamentalistes". L'unique organisation politique - surtout des jeunes Marocains - qui adhère en Hollande les principes de l'islam, c'est la Ligue Arabe Européen (l'AEL-NL). Elle se distancie des différents groupes fondamentalistes comme Hizb ut-Tahrir qui refusent participer au processus démocratique à cause de leur volonté d'établir la shari'a. Les exigences de l'AEL-NL se basent au contraire sur reconnaissance de la constitution néerlandaise, alors sur les droits et devoirs de la citoyenneté néerlandaise. Le président de l'AEL au niveau européen, Dyab Abou Jahjah - décrié lui-même comme fondamentaliste - se distancie même de Tariq Ramadan, selon lui un fondamentaliste en tant que prisonnier des textes saintes et l'héritier des Frères Musulmans d'Égypte. Actuellement L'AEL-NL se prépare de participer aux élections prochaines en forme d'un Partie Démocratique des Musulmans (MDP). Elle rejette la shari'a comme exigence politique - malgré le malentendu du contraire qui existe chez l'opinion néerlandaise.

Dans les deux cas - tant Maroc qu'en Hollande - la caractéristique la plus fondamentale de l'islamisme, c'est la rupture entre la culture des musulmans et leur religion. Pourtant il existent des accents importants de différence. Au Maroc la culture des Imazighen et leur langue parait grandement compatible avec l'islamisme. C'est comme tel dans son mouvement selon le témoignage du cheikh Yassine lui-même vis-à-vis la culture Amazighe. Également dans le parti PJD participent beaucoup de militants Amazighes. Pourtant, en Hollande les deux pôles culture-islam semblent s'exclure: l'islamisme des Maroco-néerlandais se base plutôt sur un rejet radical de la culture occidentale qui encadre la vie des immigrés, il s'agit d'une culture vue comme celle des koufâr (des infidèles) liée aux interdits 'harâm'. Également le mouvement néerlandais des Imazighen se distancie fortement des islamistes notamment à cause de leur promotion de la langue arabe.

Alors l'islamisme en Hollande se définit encore plus par une volonté d'abstraction qu'au Maroc. Cet abstraction est issue d'abord d'une interprétation littérateur - en vérité plutôt un refus d'interprétation - des textes du Coran en des récits de la Sunna. Par le fait que l'accès à l'Internet est très répandu en Hollande, le fondamentalisme répète sans aucune réflexion les sources offertes par l'Internet, en forme de multiples sites anglophones comme Islam Online, Selefi.com, etc. La connaissance des écrivains et des sources de la tradition sainte reste faible. Par exemple une discussion sur les principes du 'père' fondamentaliste Ibn Taymiyya n'est guère possible - selon mes expériences au site Maroc.NL - le site le plus visité par les Maroco-néerlandais.

L'islamisme des Maroco-néerlandais embrasse un moralisme sévère sans porter intérêt au mysticisme des grandes traditions maghrébines comme celui du penseur Ibn `Arabi ou du moudjahid Abdelkader et leurs successseurs. Les deux pôles extrêmes de 'halal-haram' se trouvent au centre de leur occupation religieuse. Ce moralisme est le résultat du rôle autoritaire des pères de famille - ce rôle signifie pour les jeunes musulmans le seul point fixe dans une société infidèle, donc aliénante.

Le manque d'identité chez les jeunes dans une société décrié comme kufr, se traduit en une crise qui aboutit à l'adhérence aux idéaux islamistes de la shari'a d'un état islamique qu'ils retrouvent chez les cheikh connus d'internet et pour une minorité aussi chez les jihadistes. L'absence de connaissance de l'arabe classique augmente leur dépendance des tracts et sites anglophones. Bien-sûr également le racisme croissant après le 9/11 et le 11/2 - la date du meurtre sur le cinéaste Theo van Gogh - contribue à leur refuge dans une idéologie aliénante. Pourtant ce refuge n'explique pas l'essentiel du phénomène parce que le facteur le plus important du succès de l'islamisme en Hollande parait la politique docile des politiciens néerlandais envers Israël et les États-Unis.

L'islamisme néerlandais refuse tellement l'intégration de la citoyenneté des inmmigrés que même des politiciens d'origine Marocaine comme l'adjoint-maire d'Amsterdam, le Rifien Ahmed Aboutaleb, sont menacés avec la peine de mort: leur protection par des gardes-corps d'État parait nécessaire. Malgré qu'il soit clair qu'une grande partie des jeunes Marocains actifs sur Internet s'oriente vers des écrivains wahhabites et que des réseaux des salafistes extrémistes recrutent leurs membres, il n'existe pas encore une recherche valable de cette domaine. Aussi les services néerlandaises de l'Intérieur manquent à offrir aux autorités responsables des renseignements sur les islamistes et les jihadistes, suffisants pour une condamnation par les juges des tribunaux. Actuellement les autorités entament une recherche aux écoles concernante les symptômes d'antisémitisme, le rejet de l'holocauste, l'homophobie et d'autres facteurs - liés plus ou moins au fondamentalisme - qui empêchent l'intégration des jeunes immigrés.

Mes propres enquêtes chez les jeunes étudiants au Maroc montrent que leur conception de l'islamisme est plus sérieuse. Leur connaissance de l'arabe classique, tant leur insertion dans les partis politiques que l'influence d'une société imprégnée par des coutumes islamiques - par exemple les fêtes, le ramadan prescrit en publique, la législation du mudawanna - crée une ambiance plus tolérante d'une coexistence de l'orthodoxie avec l'islamisme. Les immigrés aux Pays-Bas sont dépourvus de ces références religieuses. C'est la raison pourquoi dans le diaspora de la migration, l'islamisme crée une rupture profonde entre la morale et les institutions de la société civile et celles de l'islam dit 'modéré' de la majorité des musulmans.

Selon les résultats de ma recherche, les jeunes au Maroc se créent leur propre route vers la modernisation par intermédiaire d'un 'bricolage inventif' - une conception nouvelle que j'ai élaborée à l'instar des idées de Claude Lévi-Strauss et de Paul Pascon - le fondateur de la sociologie marocaine. Bref, avec ce bricolage entre tradition et modernité, il s'agit d'un assemblage vécu d'idées et de pratiques incompatibles qui logiquement s'excluent (cf. dans mon étude: l'analyse épistémologique de la coïcidence des quatre épistèmè de Michel Foucault). Pour définir et comprendre la spécificité de l'islamisme marocain, on sera également forcé d'introduire cette application nouvelle de la conception d'un bricolage d'incompatibilités, des différentes modalités de savoir qui coïncident. Une limite claire à définir entre orthodoxie et fondamentalisme au Maroc reste difficile - alors je veux parler de 'tendances fondamentalistes' comme indices de l'existence de ce fondamentalisme.

J'en offre quelques-unes:

20% des jeunes Marocains veulent introduire 'la révolution islamique' comme matière de l'enseignement, contre 2% qui préfèrent 'la révolution socialiste'. Comme facteur de renforcement le plus important pour la démocratisation du Maroc les jeunes indiquent la pratique de l'islam. 70% ne veulent pas admettre dans leur société des droits égaux pour d'autres religions que l'islam. 52% considère l'acceptation d'une nationalité autre que marocaine comme une trahison. Le développement social-économique serait déterminé pour 85% par la pratique de l'islam. La cause de la pauvreté du Maghreb serait due pour deux-tiers à l'absence de la pratique quotidienne de l'islam par la population. 80% rejettent l'amitié avec un kafir. Concernant la lecture des journaux et des livres, les jeunes préfèrent des journaux religieux et des auteurs dits fondamentalistes en comparaison aves les non-religieux. Comme leurs héros politiques et historiques ne figurent pas les socialistes - Castro, Mao et Lénine et leurs successeurs actuels - ni des nationalistes dan la ligne d'Abdel Nasser - mais des hommes religieux comme Bin Laden. Bien-sûr, il faut être prudent pour conclure sur base de ces chiffres à l'existence d'un fondamentalisme massif au Maroc.

Comme facteur qui pousse vers le fondamentalisme actuel compte d'abord l'arabisation des matières scolaires et deuxièmement l'enseignement de la religion et de la philosophie sur base des livres scolaires de tendance salafiste. Comme témoin, je veux citer Abdellah Bounfour, scientifique concernant la culture Amazighe: «Si donc l'arabisation est la conséquence ou le corrolaire de l'islamisation, on comprendra aisément pourquoi l'écriture arabe sera sacralisée. En d'autres termes, l'écriture va acquérir une valeur non pas sociale mais religieuse». Le noud de la langue: Langue, littérature et société au Maghreb. Centre de Recherche Berbère. Aix-en Provence, 1994.

Au Maroc l'islamisme actuel, c'est le produit du salafisme traditionnel de l'anticolonialisme maghrébin dominant chez les leaders politiques historiques comme Allal al Fassi de l'Istiqlal et de Mohammed Ben Abdelkrim, leader au Rif. Alors, il y existe dans l'islamisme une certaine appréciation des mouvements nationalistes par exemple des Imazighen et de Saddam Hossein (héritier de Nasser). C'est la raison pourquoi - également du au bricolage mentionné - il existe au Maroc chez les islamistes une certaine appréciation des mouvements nationalistes arabes et de ceux des Imazighen. Cette appréciation se montrait notamment pendant la Guerre du Golfe par l'admiration pour Saddam Hossein (l'élève de Nasser).

La conclusion générale de ma recherche, c'est que malgré l'existence de l'islamisme, les jeunes au Maroc font une sélection consciente des éléments qui contribuent à une modernisation pratique sans renier la tradition tant orthodoxe que populaire de l'islam - cf. www.ronhaleber.nl/a.html.


                 


Culture et langue des Imazighen.
Le rôle du tamazight en tant que langue nationale.

( Chapitre de ma thèse de doctorât d’État – enquête normalement interdit au Maroc – concernant un sujet trop brûlant… ! )

[pratique et connaissance de langues / comparaison avec l'enquête de Rabat / les dialectes et une langue standard / pour ou contre le tamazight / l'appréciation de la culture amazighe]

"Although Arabs and Berbers have lived in juxtaposition in the Maghrib for well over a millennium, it is quite apparent that the Berber element is very much more than just a residue. It is, indeed, the base of the whole North African edifice, and it is still very strongly so today, so much so that one can say: scratch a Moroccan, find a Berber"..

David M. Hart, Tribe and Society in Rural Morocco. London & Portland, 2000, p. 26.

"Si donc l'arabisation est la conséquence ou le corrolaire de l'islamisation, on comprendra aisément pourquoi l'écriture arabe sera sacralisée. En d'autres termes, l'écriture va acquérir une valeur non pas sociale mais religieuse".

Abdellah Bounfour, Le nœud de la langue: Langue, littérature et société au Maghreb. Centre de Recherche Berbère. Aix-en Provence, 1994.>


Haleber: Malgré les activités de quelques organisations de la culture amazighe pour les Imazighen (60-80% des immigrés marocains), l'histoire de leur émancipation est presqu'inconnue aux Pays-Bas, sauf chez quelques spécialistes comme l'auteur. Avant de pouvoir présenter les résultats de l'enquête sur ce sujet nouveau, très discutable et brûlant pour les Marocains, il est donc nécessaire d'informer le lecteur universitaire néerlandais, encore ignorant sur le contexte de leurs aspirations émancipatoires.

Je l'expliquerai ci-dessous en citant quelques-uns des passages de mon interview à Rabat (publié dans la revue "Soera": Haleber 1995b) avec deux leaders du mouvement Amazigh: maître Hassan Id Balkassm et son compagnon maître Adghirni.


Haleber: Depuis leur Charte d'Agadir de 1991 les associations des Imazighen réclament l'introduction du tamazight comme deuxième langue nationale. C'est leur revendication la plus importante (cf. par exemple, Amazigh; Tifinah). C'est pourquoi, en m'informant des opinions des bacheliers de Marrakech sur la renaissance de la culture amazighe, j'ai posé d'abord quelques questions sur leur pratique de la langue. Toutefois, la revendication de la reconnaissance du tamazight en tant que langue nationale du Maroc exige d'abord une explication:

Haleber: Est-ce que la Charte de 1991 a causé une transformation de la prise de conscience au niveau national?

Balkassm: Oui, c'était en 1991, à l'occasion d'une rencontre à l'université d'Agadir, que les associations ont signé une charte qui a donné une grande ampleur à la cause amazighe au Maroc. Et c'était avec cette charte-là que les étudiants de toutes les universités au Maroc ont découvert quelque chose de nouveau. Et peut-être, même avec les termes et les idées de la charte. Et cela aussi, grâce à la publication de la traduction de la déclaration universelle des droits de l'homme en langue tamazight, aussi en 1979, qui a été traduite et publiée par l'association que je préside.

Haleber: Quelles sont les revendications exprimées dans cette Charte. Par exemple, qu'est-ce qu'on veut en demandant la reconnaissance de la langue tamazight comme langue nationale?

Balkassm: La Charte contient des revendications minimales de tous les mouvements des Imazighen. Ces revendications minimales étaient la reconnaissance du tamazight au moins comme langue nationale. Parce que sans reconnaissance, on ne peut pas pratiquer les droits linguistiques et culturelles.


Pendant 1982 monsieur Ali Sidki a été arrêté parce qu'il a parlé la langue tamazight dans un article sur la culture nationale, publié dans le journal Amazigh du fils d'Aherdan. Moi-même, on m'a arrêté pendant une semaine parce que j'avais écrit mon insigne d'avocat en caractères tamazighes. Le minimum de la Charte, c'est la reconnaissance de la langue tamazight dans la constitution, d'intégrer la langue tamazight dans le système éducatif et dans le système d'information, finalement de créer un institut pour préparer l'enseignement du tamazight.

Haleber: La charte d'Agadir, avait-elle un accueil positif chez les autorités et chez les politiciens du parlement?

Balkassm: La Charte d'Agadir de 1991 a été adressée à tous les partis politiques, mais elle a été négligée par eux. C'est seulement après le procès de l'association Tilelli, à cause de la solidarité nationale et internationale, que les partis et notamment le groupe parlementaire ont déclaré qu'il faut s'intéresser à notre langue comme «patrimoine national».

      N'oublie pas que la participation de notre association au groupe de travail des Nations-Unies en posant le problème de nouveau, a participé sans doute à la création de la situation actuelle.

Pour se former une idée sur l'importance du tamazight, et les revendications des militants des mouvements d'Imazighen, il faut premièrement savoir quelle langue les jeunes parlent chez eux à la maison. Le scientifique Ahmed Boukous estime par conjecture - des statistiques n'y existent pas - que 45% de la population du Maroc parle le tamazight. À part de la langue parlée au Maroc, l'arabe dialectal - différente selon chaque région -, le tamazight se divise en trois langues régionales: le tachelheit au Sousse. le tamazight spécifique au Moyen Atlas et le tarifît au Rif. La langue officielle (par exemple des médias écrits et oraux) est l'arabe dit classique, le fusha, au Maroc est une variante de cet expression commune de la nation arabe.

     

Commentaire de Haleber:

Sur la base des réponses des bacheliers, je suis incliné à constater que dans la région de Marrakech plus de 20% d'eux se sert chez soi du tamazight et les trois quarts du dialectal marocain. En ville leur utilisation du tamazight paraît rare (4.4%). C'est donc surtout à la campagne (36.6%) qu'ils parlent le tamazight. La raison que les filles l'utilisent plus que les garçons, je crois, sera probablement qu'elles ont - comme nous avons constaté en no. 14-15. - plus de contact intime avec les mères dans cette région qui au moins pour la majorité, ne seront pas forcées par leur travail de se servir de la langue arabe.

      En ville la majorité des jeunes se sert du dialectal marocain. Une minorité (5.9%) parle chez soi l'arabe classique (le fusha) et un seul citadin dit parler le français.

*068. Quelle langue parles‑tu chez toi? 


                         Totaux        Filles         Citadins


sujet abrégé:            nombre %abs   nombre %abs    nombre %abs



a-dialectal marocain     99   75.0     50    73.5     60   88.2


b-tamazight              27   20.5     15    22.1      3    4.4


c-français                1     .8      -     -        1    1.5


d-l'arabe classique       5    3.8      3     4.4      4    5.9


abst.                     2   (1.5)     -     -        -    -


                     --------------------------------------------


Total                   134    100%    68    100%     68    100%

Le fait que les bacheliers parlent pour les affaires domestiques une langue spécifique, ne veut pas dire qu'en discussion sur différents sujets - par exemple s'ils ont besoin d'utiliser des notions scientifiques - ils prendront refuge dans leur langue maternelle. Pour la langue utilisée dans leurs discussions, ils mentionnent se servir également pour trois quarts du dialectal marocain, mais c'est dans certaines circonstances que le français leur paraît un moyen de communication plus approprié. C'est notamment le cas chez les citadins. Dans certaines circonstances le français semble remplacer le tamazight dont l'utilisation descend de 20.5% à 8.5%. Le nombre des gens qui utilise le fusha (la langue arabe classique) reste le même.

Questions aux étudiants: *061. Indique une langue que tu maîtrises suffisamment bien pour entamer une vive discussion? 


               Totaux         Filles         Citadins


sujet abrégé:  nombre %abs    nombre %abs    nombre %abs



a-dialectal    100   75.2     53   79.1      53   77.9


b-tamazight     11    8.3      5    7.5       1    1.5


c-français      16   12.0      8   11.9      11   16.2


d-fusha          5    3.8      1    1.5       2    2.9


e-espagnol       1     .8      -    -         1   (1.5)


abst.            1    (.7)     1   (1.5)      -    -


              --------------------------------------------


Total          134    100%    68   100%      68   100%

Constater la pratique de fait des langues que les jeunes utilisent en différentes circonstances ne dit encore rien sur la langue dont ils pensent avoir besoin dans le futur, la langue dont l'apprentissage leur paraît particulièrement important pour leur avenir professionnel. La langue qu'ils s'imaginent la plus importante à maîtriser semble être le français (41.3%). Il est surprenant qu'un désir de maîtriser l'anglais ne soit présent que chez deux citadins. Pourtant, la maîtrise du fusha les attire aussi, on constate un fort glissement de 3.8% qui le pratique chez soi et en discussions, vers 21.4% qui désire le maîtriser.

      L'intérêt du tamazight semble resté presque au même niveau du besoin en situation de discussion. Quoiqu'elle soit pratiquée chez soi par 20.5% et en discussions de 8.3%, cette langue est désirée par 10.3% des jeunes, surtout par les campagnards. Je crois que ce désir de la maîtrise du tamazight - presque autant présent chez les garçons que chez les filles - se fonde sur la situation future du travail des habitants de la campagne. Le tamazight leur facilite la communication avec les habitants dans leur entourage qui se servent notamment en contact informel de cette langue, même si leur langue professionnelle était l'arabe ou le français. Je me rappelle vivement les plaintes d'un fonctionnaire de banque, qui déplacé de Rabat à Agadir, se trouvait parfaitement isolé là-bas à cause de son ignorance du tachelheit.

Question *060. Dans différentes situations, sur différents sujets, tu utiliseras différentes langues. Par exemple, tu utiliseras, lorsque tu traiteras des affaires domestiques un dialecte local ou le tamazight, lorsque tu parleras de la religion, tu utiliseras l'arabe classique, et au bureau, tu utiliseras le français. Indique une langue dont l'apprentissage te paraît particulièrement important pour ton avenir.


                 Totaux        Filles        Citadins


sujet abrégé:    nombre %abs   nombre %abs   nombre %abs



a-dialectal      32  25.4      14   21.5     11   17.7


b-tamazight      13  10.3       7   10.8      1    1.5


c-français       52  41.3      32   49.2     28   45.2


d-arabe class    27  21.4      12   18.5     20   32.3


e-anglais         2   1.6       -    -        2    3.2


abst.             8  (6.0)      3   (4.4)     6    8.8


             --------------------------------------------


Total           134    100%    68   100%     68     100%

Ce besoin professionnel du tamazight que nous venons de constater, sera très urgent si on occupe des postes dans l'enseignement et chez les fonctionnaires qui ont besoin d'expliquer ou de discuter des matières avec leur entourage tamazighophone.

      Le militant amazighe, l'avocat maître Hassan Id Balkassm m'a rappelé que pour les siens, dans des situations professionnelles, une connaissance du tamazight est indispensable, surtout vu le manque d'éducation, donc également vu le manque en maîtrise de l'arabe chez les campagnards. Je réfère à la suite de l'entretien que j'ai eu avec lui:

Haleber: Est-ce que ces revendications ont aussi des buts pratiques? Par exemple vous comme avocat, n'êtes-vous pas confronté devant les tribunaux avec des Imazighen qui ne savent pas bien s'exprimer en langue arabe pour présenter et expliquer leur cause?

Balkassm: Il s'agit ici d'une implication d'une revendication spécifique, qui ne se trouve pas encore soutenue par toutes nos associations d'Imazighen. Ça veut dire, il s'agit de l'application du tamazight comme «langue officielle» dans tous les tribunaux et les bureaux administratifs.

      A Rabat, on présente toujours des Imazighen, notamment devant les tribunaux militaires, qui ne parlent pas l'arabe. On fait toujours appel à un interprète, ce qui se passe également dans les autres tribunaux normaux comme même celui de première instance à Rabat.

Haleber: Vous revendiquez donc que les juges apprennent la langue tamazight?

Balkassm: Ce qui est possible, c'est d'enseigner le tamazight dans l'institut de formation des juges. Dans ce contexte de compréhension de langues, il faut bien noter qu'également le dialectal marocain d'une certaine région au Nord n'est pas bien compréhensible pour ceux qui s'en servent dans une région au Sud du pays.

Commentaire de Haleber:

Selon les témoignages que j'ai recueillis, les différences régionales en dialectal marocain sont importantes. C'est pourquoi, j'ai ajouté, pour être le plus objectif que possible, cette maîtrise des différentes dialectaux de l'arabe aussi sur la liste.

Il est très significatif que dans ce cas où un manque de compréhension pourra avoir des conséquences catastrophiques pour les personnes concernées, celui des juges d'un tribunal, les jeunes veulent les obliger outre à apprendre le tamazight, à étudier aussi les différents dialectaux arabes. Bien que seulement 10.3% des jeunes juge la connaissance du tamazight nécessaire pour son propre avenir, en ces circonstances spécifiques 21% la juge obligatoire.

      Additionné aux chiffres de ceux qui jugent nécessaire de maîtriser tant le tamazight que les différents dialectaux arabes, le pourcentage s'élève à une convaincante majorité de jeunes de 51.6%. Il est surprenant que surtout les garçons (28.9% contre 21.9% en moyenne) et justement les citadins (dans le cas de ces deux exigences pour 34.8% contre 29.7% en moyenne) exigent cet apprentissage du tamazight et des dialectaux arabes. Il faut constater que, surtout chez les jeunes qui ne pratiquent pas le tamazight, le besoin de son apprentissage est néanmoins éprouvé. Le fait qu'il n'y ait que peu d'absences/d'abstentions (2.9% chez les citadins) renforce la validité de ce chiffre recueilli.

      Chez les citadins on observera donc ce grand contraste frappant: bien qu'une très faible minorité de 4.4% pratique le tamazight, pourtant une écrasante majorité de 57.5% juge nécessaire que les juges l'apprennent pour l'exercice de leur fonction. Je parle donc d'une écrasante majorité parce que les réponses aux sujets suivants montreront que notamment les jeunes citadins paraissent finalement assez réservés (cf. no. 73 ci-dessous) envers la valeur de la langue et de la culture amazighe.

      Le maintien du statu quo est désiré par 48.4% des jeunes, paradoxalement surtout par ceux qui maîtrisent le tamazight plus que les autres: les campagnards et les filles. Ci-dessous, j'analyserai ce paradoxe.

Question *070. Il arrive souvent que des Imazighen ne sachent pas s'exprimer suffisamment bien en langue arabe devant un tribunal. Les juges des tribunaux doivent‑ils apprendre la langue tamazight pendant leur formation? Doivent‑ils aussi savoir s'exprimer en différents arabes dialectaux? 


                        Totaux         Filles         Citadins


sujet abrégé:           nombre %abs    nombre %abs    nombre %abs



a‑statu quo             62    48.4     37    55.2     28    42.4


b‑exprimer en tamazight 28    21.9     10    14.9     15    22.7


c‑tamazight/arabe dial  38    29.7     20    29.9     33    34.8


abst.                    6    (4.5)     1    (1.5)     2    (2.9)


                      ---------------------------------------------


Total                  134    100%     68    100%     68    100%


Commentaire de Haleber:

Quelles leçons faut-il tirer de ces chiffres en général pour l'enseignement des langues? Il paraît évident que les jeunes ne sont pas satisfaits de la situation actuelle, si on tient compte du fait que 41.3% désire en première instance améliorer sa maîtrise du français, ou 25.4% sa maîtrise du dialectal, ou enfin 10.3% sa maîtrise du tamazight.

      Donc, en comparaison d'un besoin éprouvé pour approfondir la maîtrise du fusha de 21.4%, se trouve un besoin de presque 4 sur 5 jeunes (78.8%) d'apprentissage d'autres langues que celle dans laquelle l'enseignement primaire et secondaire se font actuellement, situation due aux mesures gouvernementales récentes. Il faut en conclure que les jeunes n'approuvent pas la politique actuelle d'arabisation du gouvernement marocain. Au contraire, ils préfèrent apparemment l'ancienne situation bilingue. En outre, ils exigent que l'on porte une attention spéciale à l'enseignement du dialectal et du tamazight. Des préférences pareilles ont été exprimées par la génération précédente comme le montre le travail des chercheurs de Rabat (Bourquia, Harras & Bensaïd 1995).

      Rendre cet enseignement obligatoire, approfondir sa connaissance du tamazight et des dialectaux arabes, pour certaines professions particulières - ici j'ai pris comme exemple celle des juges -, est éprouvé comme une nécessité en moyenne par 51.6% par la jeunesse, parmi eux 57.5% de la jeunesse citadine. Ce fait renforce la constatation du désaccord avec la politique gouvernementale.

      Il est donc bien compréhensible pourquoi les autorités marocaines responsables ne permettent normalement pas - surtout pas aux chercheurs autochtones qui seront moins naïfs que les chercheurs d'outremer - des enquêtes exceptionnelles comme celle-ci, qui repèrent ce manque de soutien à leur politique éducative.

Arrivé au point des propositions gouvernementales récentes, il faut savoir comment les jeunes estiment les intentions d'ouverture visées en principe pour un enseignement en langue maternelle, le tamazight, dans les écoles primaires. Qu'est ce que les jeunes pensent de cette introduction ?

      Une majorité de 51.9% la juge importante. Cependant, arrivé à cette phase de l'enquête concernant la culture amazighe, une forte polarisation se montre. Malgré mon explication du but social de cette introduction du tamazight, un ensemble de 48.1% des jeunes ne l'estime pas importante, dont 5.3% la considère désavantageuse et 15% même un gaspillage de temps.

      Je ne crois pas qu'il faille parler ici d'une méconnaissance de la part des citadins (47.8% contre la moyenne de 51.9) de cette mesure, parce qu'il s'agit d'une condition difficile pour eux. Le fait que 4.4% seulement des citadins pratique le tamazight, rend bien compréhensible le fait qu'ils manifestent des réserves pour l'introduction de cette nouvelle matière à l'école. C'est pourquoi il faut plutôt s'étonner de la petite différence de 4.1% de la préférence moyenne. Comme dans les cas de la profession des juges nos jeunes citadins ne se montrent pas gênés par les préjugés qui existent en ville, mais ils s'expriment en faveur d'une amélioration sociale.

      Un pourcentage dont il faut s'étonner est surtout celui des campagnards qui trouvent l'enseignement du tamazight un gaspillage de temps (18.2% contre 15% du total). Il est paradoxal que par comparaison avec la moyenne de 51.9%, en région tamazighophone seulement 56.1% des gens désirent améliorer leur condition linguistique et que 43.9% refuse de le faire. C'est de nouveau que le paradoxe constaté se répète, qu'une forte partie très probablement aussi des tamazighophones n'apprécient pas leur langue maternelle.


Question *069. Pour les élèves du primaire de langue maternelle tamazight, il est difficile de comprendre les matières qui, dès le départ, sont enseignées en arabe. Pour eux, on propose que l'enseignement de niveau primaire se fasse dans leur langue maternelle, le tamazight. Quelle est ton opinion sur l'introduction du tamazight comme langue d'enseignement à l'école primaire?


                  Totaux         Filles          Citadins       Campagnards


sujet abrégé:     nombre %abs    nombre %abs     nombre %abs    nombre %abs



a-important       69    51.9    31     46.3     32     47.8     37    56.1


b-pas important   37    27.8    24     35.8     21     31.3     16    24.2


c-désavantageux    7     5.3     3      4.5      6      9.0      1     1.5


d-gaspil.de temps 20    15.0     9     13.4      8     11.9     12    18.2


abst.              1     (.7)    1     (1.5)     1     (1.5)     -     -


                  ---------------------------------------------------------


Total            134    100%   68      100%     68     100%     66    100%

Le climat favorable pour la langue tamazighe change si on prend explicitement et concrètement au sérieux les exigences des mouvements imazighen de reconnaître la langue tamazight comme deuxième langue nationale. La conséquence serait d'utiliser la langue tamazight, «comme langue employée également dans l'administration, ce qui obligerait les fonctionnaires à apprendre le tamazight».

      Cependant, tout d'abord, en évaluant les résultats, il faut tenir compte du fait que la plupart des citadins a mentionné ne pas utiliser la langue tamazight comme langue maternelle. Ils ne le maîtrisent donc pas. Ce qui explique le grand nombre des abstentions (50.7% contre un total de 46.9%) à cette question.

      De nouveau, il est remarquable que parmi les 32 jeunes qui se prononcent contre cette reconnaissance du tamazight, 20 personnes de la campagne figurent (31.7% contre la moyenne de 24.6%), tandis qu'un nombre important parmi eux s'abstient d'une réponse (42.9). Pourtant, 24 personnes (37.5%) habitant à la campagne avaient mentionné que la langue tamazight est leur langue maternelle.

      Les chiffres moyens du soutien pour la revendication du tamazight comme langue nationale se montent à 28.4% du total des bacheliers. Les filles soutiennent la revendication pour 32.9%, les citadins pour 31.4%, et les campagnards pour 25.4%. Les filles se prononcent plus favorablement pour cette revendication que les garçons. Mais le fait surprenant est que les citadins la favorisent plus que les campagnards.

      Il est compréhensible que les citadins d'origine arabophones désirent plus que les campagnards de voir écrit le tamazight en caractères arabes. Je n'ai pas additionné la possibilité d'une transcription en caractères de tifinah, ce qui est actuellement - selon mon opinion - une affaire qui concerne trop les militants et les spécialistes qui auraient l'aspiration de consacrer leur temps à apprendre cet alphabet historique. 

Question *071. Faut‑il reconnaître le tamazight en tant que langue nationale, c'est‑à‑dire comme langue employée également dans l'administration, ce qui obligerait les fonctionnaires à apprendre le tamazight? Et si oui, en ce cas, quelle transcription faudrait-il utiliser?


                       Totaux        Filles        Citadins      Campagnards


sujet abrégé:          nombre %abs   nombre %abs   nombre %abs   nombre %abs 


a‑non                  32    24.6    16    23.9    12     17.9   20    31.7


b‑pas d'opinion        61    46.9    29    43.3    34     50.7   27    42.9


c‑oui/ caract europ     6     4.6     3     4.5     1      1.5    5     7.9


d‑oui/ caract arabes   31    23.8    19    28.4    20     29.9   11    17.5


abst.                   4    (3.0)    1    (1.5)    1     (1.5)   3    (4.5)


                      ------------------------------------------------------


Total                 134    100%    68    100%    68     100%   66    100%

La conséquence logique de reconnaître la langue tamazight comme deuxième langue nationale serait de l'introduire «en tant que matière obligatoire» dans le programme des écoles, au même titre que l'arabe classique ou le français.

      J'ai posé d'abord la question de savoir si cet enseignement améliorerait pour le jeune la communication «avec ses compatriotes Imazighen», puis s'il aiderait les Imazighen eux-mêmes à s'ouvrir envers les autres membres de la société. Dix pour cent s'abstient de répondre à cette question.

      Un tiers des jeunes regarde les effets d'un apprentissage du tamazight comme contribuant à une meilleure communication, ce qui signifie que deux tiers au moins semble en douter, en préférant répondre que surtout la communication des Imazighen avec les autres s'améliorerait.

      Les jeunes estiment donc que surtout les Imazighen profiteront d'un enseignement du tamazight. Il est remarquable que tous les groupes qui participent, offrent presque exactement les même taux de réponse.

Question *074. Quelles seraient selon toi les conséquences d'une introduction du tamazight en tant que matière obligatoire dans le programme des écoles, au même titre que l'arabe classique ou le français? D'abord, quel serait l'effet pour la communication?

                            Total          Filles       Citadins

sujet abrégé:               nombre %abs    n.  %abs     n.  %abs

a‑moi-même comm meilleure   42    34.7     22  34.4     21  33.9

b-Imazighen comm meilleure  78    64.5     42  65.6     40  64.5

abst.                       14   (10.4)     4  (5.9)     7  (9.3)

                          ---------------------------------------

Total                      134   100%      68   100%    68   100%

Avant d'entamer le sujet de savoir si la renaissance de la langue et de la culture des Imazighen contribue à l'unité du peuple marocain, j'informe le lecteur sur ce problème par l'intermédiaire de mon entretien - inédit en français - avec maître Balkassm et son collègue maître Adghirni:


Haleber: Il se pose donc le problème du pluralisme de l'identité marocaine. Cependant, beaucoup de mes amis avec qui j'aborde ce problème, ici au Maroc, comme aux Pays-Bas, ne regardent le Mouvement Amazighe que comme un danger séparatiste qui divisera le peuple marocain, et qui menace l'unité fragile de l'État marocain. Quelle est votre réponse à ces accusations?

Balkassm: D'abord il faut dire que «historiquement les Imazighen ont toujours été les unificateurs du peuple marocain. Le rôle des dynasties imazighen des Almoravides, des Almohades a été toujours l'unification du pays.

      Deuxièmement, ce qui unifie les gens, c'est le respect de l'autre et la reconnaissance des droits de l'autre. Ce n'est pas le contraire...! Et c'est ça justement ce que demande le mouvement amazighe aujourd'hui.

      Prenons l'identité marocaine: tous ceux qui disent que ce mouvement exprime une inclination envers le séparatisme, disent que l'identité marocaine est une identité arabo-islamique. Le seul mouvement qui dit que l'identité marocaine est une identité multidimensionnelle, c'est le mouvement culturel amazighe.

      Il n'y a aucun mouvement qui reconnaît l'identité marocaine dans sa multidimensionnalité, ni la constitution, ni les programmes des partis politiques. Même au sein des associations des droits de l'homme, on rencontre parfois des problèmes pour exprimer son identité amazighe. L'importance de l'unification du Maroc est claire, mais pour unifier, il faut accepter l'existence de la diversité.

Adghirni: On ne peut pas parler de séparatisme au Maroc. Ce problème se pose dans d'autres pays, où des régions exigent leur droit spécifique, par exemple en Belgique, entre Flamands et Wallons. Mais au Maroc, il n'existe pas une région arabe. Tout le monde reconnaît que le pays du Maroc est d'origine un pays amazighe, et aussi dans son histoire le pays entier est resté amazighe.

Haleber: Alors, n'y avait-il pas toujours une cohabitation des Arabes avec les Imazighen?

Adghirni: Non, le pays est un ensemble qu'on ne peut pas diviser en régions arabes ou des Imazighen. Bien sûr, il y avait des régions différentes, mais le nationalisme marocain s'est basé sous prétexte d'une unité nationale, sans que ce nationalisme ait pu expliquer ce qui a pu unifier les Marocains.

      La langue n'était pas unificatrice, parce que pendant toute leur histoire, les Marocains ont parlés de multiples langues: le phénicien, le latin, l'arabe, l'hébreu, le français, l'espagnol, et à côté le tamazight. Pourtant, le Maroc est resté toujours unifié.



Commentaire Haleber:

Les militants de la langue arabe avertissent souvent que la reconnaissance de la langue tamazight comme deuxième langue nationale menacerait l'unité du pays. Cependant, cette thèse idéologique n'est en tout cas pas partagée par les jeunes. Presque la moitié (46.2%) parmi eux a l'opinion que les conséquences sérieuses dont j'ai évoqué la possibilité avec les jeunes - et qui sont gravement redoutées par les militants de la culture arabe comme Mohammed Abed Jabri -, contribueront à l'unité du pays.

      Tous les groupes partagent cette opinion, cependant, les filles pour trois pour cent de plus que les garçons. Toutefois, les jeunes ne s'inquiètent pas du tout d'une division interne de leur pays, parce que 42.3% pense que la promotion de la langue tamazight ne changera rien concernent ce point délicat. Pour 88.5% des jeunes l'unité du Maroc n'est donc pas en jeu.

      11.5% seulement pense que l'unité du pays serait mise en jeu. Le paradoxe se répète que les campagnards sont moins d'opinion qu'il n'y aurait pas de changements (38.7% contre le total de 42.3%), et surtout ce sont eux qui redoutent davantage que l'unité du pays serait en danger: 16.1% contre le total de 11.5%.

Haleber; J'ai demandé au spécialiste de la langue tamazight, le professeur Ahmed Boukous de l'université de Rabat, quelle serait la cause de ce paradoxe que nous venons de constater fréquemment. Donc le paradoxe que même la jeunesse imazighen ne paraît pas apprécier la promotion de sa langue et de sa culture au degré que l'on l'aurait attendu. Il me l'a expliqué de la manière suivante:

      Dans les grandes villes marocaines il n'est pas bien vu de confesser d'être d'origine «chleuh», d'origine amazighe. J'en déduis que cette identité amazighe est identifiée avec la condition de retard en matière d'éducation, de progrès et d'introduction de la modernité à la campagne isolée.

      C'est à cause de ce retard matériel et culturel que beaucoup de citadins souffrent des préjugés généralisés envers leurs compatriotes imazighen. Ahmed Boukous m'assure que chez les jeunes ce mépris citadin des Imazighen s'est intériorisé. Il est devenu un complexe d'infériorité. Voilà la raison pour laquelle ils doutent d'apprécier leur propre culture et origine.




Question *075. Puis, la reconnaissance du tamazight et son enseignement favoriserait-elle l'unité des citoyens du Maroc?


                        Total           Filles        Citadins


sujet abrégé:           nombre %abs     nombre %abs   nombre %abs



a‑bon pour l'unité      60    46.2      33   49.3     32   47.1


b‑favorise la division  15    11.5       7   10.3      5    7.4


c‑ne changerait rien    55    42.3      27   39.9     31   45.6


abst.                    4    (3.0)      1   (1.5)     -    -


                     --------------------------------------------


Total                  134    100%      68   100%     68   100%

Afin de savoir la raison pour laquelle les jeunes sont contre ou pour la reconnaissance du tamazight, je leur ai demandé leur jugement de valeur sur cette langue. Leur opinion manifeste dans tous les groupes enquêtés une forte polarisation à ce sujet.

      Il est d'abord remarquable que 10.4% des citadins (parmi eux 4.5% des filles) ne se montre pas intéressé pour ce sujet, mais que les campagnards ont tous une opinion. Le sujet est donc estimé plus important ou on est plus polarisé à la campagne.

      L'appréciation positive que «le tamazight constitue un important héritage national» est offerte au total par plus de deux tiers (69.9%), à la campagne même par trois quarts des jeunes (75.8%). Néanmoins, 24.8%, un quart des jeunes donne la réponse négative que «le tamazight est un dialecte sans importance», dont une importante partie (14.3%) - aussi présente à la campagne (10.6%) - offre comme réponse un rejet radical.

Question *073. Quelle est ton opinion à propos de la langue tamazight?


                        Totaux         Filles        Citadins     Campagnards


sujet abrégé:           nombre %abs    nombre %abs   nombre %abs  nombre %abs



a‑important             93    69.9     48   71.6     43   64.2    50    75.8


b‑sans importance       14    10.5      6    9.0      5    7.5     9    13.6


c‑pas intéressé          7     5.3      3    4.5      7   10.4     -     -


d‑d'accord avec Jabri   19    14.3     10   14.9     12   17.9     7    10.6


abst.                    1     (.7)     1   (1.5)     1   (1.5)    -     -


                     ------------------------------------------------------


Total                  134    100%     68    100%     68  100%    66    100%

 

Je me réfère à mes discussions avec le philosophe Mohammed Abed Jabri, d'origine amazighe, membre militant du parti social-démocrate l'USFP, pour faire comprendre la portée de ces deux réponses négatives: «le tamazight est un dialecte sans importance» et «je partage l'opinion du professeur Mohammed Abid Jabri qui estime qu'il faut, dans l'enseignement, abolir, "tuer" la langue tamazight».

      Pendant une discussion à Amsterdam en décembre 1993 avec Jabri, sous la présidence de P. S. van Koningsveld - qui traduisait l'allocution du Jabri -, le dernier répondait ainsi à ma question, pourquoi il ambitionne de «mettre à mort», d'«exterminer» la langue tamazight:


      Mohammed Abid Jabri: «Mon point de vue concerne la position de la langue dans l'enseignement. Les Marocains qui vont à l'école ne parlent que le berbère ou le dialectal marocain. Si on veut former des jeunes et des étudiants qui sont de force à se mesurer avec les problèmes de notre époque, il faut procéder à faire mourir (imata) ces langues. Il ne s'agit pas d'abattre violemment la langue, mais d'enlever les sources de vie de ces dialectes pour arriver de pareille façon à une langue arabe classique commune (fusha) au bénéfice d'un développement culturel positif».

      Un protagoniste du mouvement amazighe me donnait son point de vue personnel sur cette affaire et sur la personne de Jabri, ce qui embrasse la question du nationalisme arabe - dit progressiste - qui se trouve en déclin depuis 1967:

Haleber: Mais comment expliquez-vous des réactions comme celle de Mohammed Jabri - philosophe de renommé internationale. Lui, il m'a confirmé dans une discussion récente à Amsterdam qu'il faut «tuer» la langue tamazight sur le niveau éducatif...? Tandis qu'il est lui-même Amazighe d'origine?

Adghirni: Il ne faut pas oublier que l'impact du nationalisme arabe, que Jabri représente, il est basé sur la force des prix de pétrole. Au Maroc beaucoup de gens ont des relations implicites avec les pétrodollars...

      Les pays arabes pétroliers comme la Libye ou ceux des Baâthistes ont donné l'occasion à ces intellectuels, ces nationalistes arabes d'obtenir une place importante dans notre société. Jabri, il a fait ses études en Syrie avec une bourse de Baâth, et après il est revenu à l'université Mohammed V pendant la période de Lahbabi. D'après ma connaissance, il a été formé pour remplacer avec son nationalisme arabe l'influence humaniste de Lahbabi à la faculté de lettres. Également, l'influence importante de l'Arabie Saoudite compte beaucoup, au début c'était le Centre Culturel Arabe qui a publié les livres de Jabri...



Haleber: Actuellement on observe que, - malgré Saddam Houssein et sa popularité au Maghreb pendant la Guerre du Golfe, ces idéologies du nationalisme arabe et leur idéal de l'unité arabe, paraissent de plus en plus des phénomènes du passé. C'est déjà le cas depuis la défaite de Gamal Abdel Nasser de 1967... Pourtant, les nouveaux mouvements de renaissance ethnique, partout dans le monde, ne représentent-ils pas une inclination conservatrice et réactionnaire, qui comme celui des Serbes, nous rappelle même les idéologies allemandes d'ethnocentrisme raciste...? Pourtant, vous deux, vous avez été actifs dans des mouvements gauchistes, alors comment combinez-vous ces deux tendances?


Adghirni: Moi et Hassan, nous avons discuté beaucoup avec nos copains nationalistes arabes, ces socialistes marocains. Mais nous avons découvert que dans l'histoire moderne, que le nationalisme et socialisme arabe ont toujours été liés aux régimes militaires. Même aujourd'hui, ces socialismes sont encore toujours dirigés par des colonels et d'autres militaires, par leurs partis uniques, voyez Iraq, Syrie, Algérie.

      Dans notre pays, on a appris à se méfier de ce genre de nationalisme. Et leurs données idéologiques comme l'unité arabe, en vérité, n'ont jamais été des réalités. Ce derniers temps, nous avons découvert aussi qu'avec l'arabisation, il s'agit d'une intervention politique, plus que d'autre chose...

      Aussi, il est gênant pour nous de se considérer comme Arabes, tandis que nos ancêtres et notre propre famille sont des Imazighen. Même si j'ai appris dans mon douar, pendant ma jeunesse, le Coran en arabe, je n'ai jamais cru que je suis Arabe. Mes parents font leur prière et citent le Coran en arabe, mais ne se considèrent pas comme Arabes.

A l'ordre du jour de la renaissance du tamazight se trouve le problème, quel dialectal du tamazight faut-il promouvoir comme langue commune? Par exemple le tachelheit‑Souss, le tamazight de l'Atlas, le tarifît‑Rif, ou le tamazight parlé dans la Kabylie en Algérie. Faut-il choisir une de ces langues existantes ou faut-il créer une nouvelle langue standard de tamazight?

     


Commentaire Haleber:

En observant la liste des réponses des jeunes, de nouveau il faut tenir compte du fait que la plupart des citadins a mentionné ne pas utiliser la langue tamazight comme langue maternelle, ils ne la maîtrisent donc pas bien. Ce fait explique aussi à cet endroit le grand nombre des abstentions à cette question (18.7%).

      Je crois devoir expliquer la préférence des jeunes de la région de Marrakech - surtout de ceux qui habitent à la campagne - pour le tachelheit (34.9%), premièrement par le fait que le tachelheit est le dialectal de leur propre région. Le fait que dans la ville de Marrakech habitent un nombre important d'Imazighen du Moyen Atlas aura contribué également au fait que les habitants de cette ville préfèrent leur dialectal plus que celui du tachelheit (22.2% contre 20.4%).

      La dernière possibilité de réponse concerne l'intérêt accordé à la question d'une nouvelle langue standard. Les dialectes du Rif et de la Kabylie sont négligés en tant que présentant une langue commune. 22.9% des jeunes se prononce pour la création d'une nouvelle langue standard, notamment les filles (33.9) et les citadins (33.3%).

       J'ai ajouté au résultat, les réponses écrites hors de la liste (une possibilité envisagée et proposée comme réponse) qui témoignent de jugements personnels. Dix personnes parmi la vingtaine se montrent neutres par rapport à la langue tamazight et dix personnes se déclarent contre la promotion du tamazight.



Question *072. Si le tamazight était utilisé comme langue d'enseignement, ou même utilisé par certains fonctionnaires, quelle variante du tamazight faudrait‑il choisir selon toi? Ou serait‑il nécessaire de créer d'abord une forme commune de langue tamazight?


                       Totaux         Filles          Citadins


sujet abrégé:          nombre %abs    nombre %abs     nombre %abs



tachelheit             38    34.9     19     33.9     11    20.4


tamazight Moyen atlas  24    22.0      7     12.5     12    22.2


tarifit                 1      .9      -      -        -     -


tamazight kabyle        1      .9      -      -        1     1.9 


nouv. langue standard  25    22.9     19     33.9     18    33.3


(10:contre/10:neutre)  20    18.3     11     19.6     12    22.2 


abst.                  25   (18.7)    12    (17.6)    14   (20.6)


                      --------------------------------------------


Total                 134   100%      68    100%      68   100%


Afin de comprendre la portée de ce complexe de problèmes autour de la renaissance du tamazigt (cf. la revue Tifinah éditée à Rabat), il est nécessaire d'écouter les deux militants imazighen de mon entretien cité:



Haleber: Comment créer des outils pédagogiques pour votre langue tamazight, qui est surtout une langue parlée? N'avez-vous pas besoin de centres pédagogiques?



Balkassm: Notre association, après le discours royal du 20 août, a organisé deux colloques, en coopération avec des spécialistes, le premier à Agadir et le deuxième à Rabat. La conclusion la plus importante, c'est que l'institut que le mouvement amazighe a revendiqué auparavant, est une nécessité pour préparer l'enseignement de la langue tamazight. D'après le docteur Boukous, avec la volonté politique et les moyens, il faut le créer. Et déjà après deux ou trois ans, il sera possible d'enseigner le tamazight sans aucun problème.

Haleber: Une question non pas négligeable me semble le problème, quelle langue tamazight faut-il enseigner? Au Maroc déjà, il existe le tarifit, le tamazight de l'Atlas, et le tachelheit. Faut-il choisir entre ces trois, ou faut-il créer d'abord une langue standard commune, comme l'arabe classique, le fusha, cette langue standard pour les différents arabes dialectaux?

Balkassm: Sur ce point il y a un différend entre les spécialistes mêmes. Il y a un courant qui dit qu'il est très facile de trouver des mots communs pour toutes les régions afin de les utiliser pour les livres d'enseignement.

      Il y a d'autres spécialistes, des linguistes, qui disent qu'il sera plus facile d'enseigner la langue comme elle est, le tachelheit comme il est, le tarifit comme il est, etc. Et dans le processus de l'enseignement, il y aura une unification dans le temps.

      Parce qu'en ce qui concerne la grammaire, les règles, au fond, il n'y a pas de grandes différences. La différence qui existe entre le tachelheit, le tarifît et le takbyleit, est surtout la prononciation, et parfois il y a une différence de mots. Mais avec le progrès de l'enseignement, il sera plus facile de se comprendre. Il s'agit donc d'un petit problème qui doit être réglé pendant une rencontre des spécialistes.


Adghirni: Premièrement, il ne faut pas oublier que l'enseignement de la langue arabe, qui a existé depuis des siècles au Maroc, n'est pas arrivé à faire disparaître l'analphabétisme chez nous. Et même les dernières décennies, pour enseigner l'arabe, on était obligé d'importer des enseignants d'Egypte, du Liban, et de partout. Également l'enseignement depuis 70 ans de la langue française et espagnole, ne nous a pas fait atteindre ce but.

      Donc, aux gens qui dramatisent ces problèmes d'enseignement du tamazight, il faut répondre, que malgré leur enseignement, le Maroc reste toujours un pays de taux d'analphabétisme énorme.

      Deuxièmement, il faut prendre en considération que malgré l'absence de son enseignement, la langue tamazight a survécu toute l'histoire, toutes les invasions d'autres langues au Maroc. Néanmoins, même comme langue parlée, elle a gardé ses règles exactes de grammaire, ses spécificités.

      Le fait historique nouveau, est l'intervention de l'État. Alors, c'est à l'État d'agir avec les moyens techniques appropriés, et de faire enseigner maintenant la langue originale de notre pays.

La langue tamazight fait partie de la culture amazighe, c'est son moyen d'expression. L'appréciation polarisée du tamazight par les jeunes sera donc étroitement en rapport avec leur estime pour la culture amazighe en général. La question finale à poser concernait donc la valeur attribuée à cet ensemble culturel (no. 76).




      Commentaire Haleber:

Une majorité de 51.6% des jeunes dit qu'il s'agit d'«un important héritage national». Un groupe important (10.2%) estime la culture amazighe comme «l'expression de la vieille sagesse et de l'intelligence de la population d'origine du Maroc». Peu d'enthousiasme réveille les propos: «une source d'inspiration pour renouveler et créer une culture intégralement marocaine? (3.1%) également la prétention de beaucoup de militants imazighen (qui n'inspire même pas ceux à la campagne): «un moyen d'élargir et de renforcer la démocratie au Maroc» (3.9%). La majorité des jeunes qui apprécie la culture amazighe s'élève donc à plus de deux tiers, à 68.8%

      Malgré cette grande majorité, il reste remarquable qu'une minorité existe qui se laisse inspirer par la notion d'un usage courant chez les islamistes, celle de «jahilliya», l'incrédulité pré-islamique, elle se monte à 8.6%. Surtout les citadins et les filles (11.9% et 10.6%) se montrent attirés par ce jugement qui est par excellence islamiste. Il faut y ajouter le jugement presque identique des garçons citadins qui disent qu'«à la lumière de la modernité, ce sont des contes et des usages qui sont superstitieux et absurdes» (2.3%), parce qu'il est loin des islamistes de ne pas s'identifier avec la modernité, bien que selon l'avis des médias occidentaux cela ne soit pas le cas.

      Dans ce chiffre de 10.9% de rejet pour cause d'incrédulité et de superstition, je vois une affirmation de mes constatations sur la base de cette enquête de l'existence d'un noyau dur des islamistes parmi les jeunes intellectuels - et notamment les intellectuelles - de la nouvelle génération, qui se manifeste surtout dans les grandes villes. L'islamisme paraît beaucoup moins une affaire des habitants de la campagne, ni - ce qui n'est pas contrôlable dans la présente enquête-ci qui a été effectuée parmi des bacheliers - de personnes privées d'éducation moderne.

      La thèse qu'on trouve les sympathisants de l'islamisme surtout parmi ceux qui émigrent vers la ville n'est pas confirmée par ma recherche. Si on construit un tableau croisé entre les no. 12 et no. 210, on trouve que 15 parmi les 35 migrants se prononcent en faveur d'une conversion obligatoire vers l'islam (42.8%), tandis que 40 sur 86 des résidents citadins la soutiennent (46.5%).

                   



                   Question no. *210:


                   |a‑droit |b‑pas   |c‑égalité


                   |au jihâd|   jihâd|        |


                   |        |        |        |


                   |   1.00 |   2.00 |   3.00 | Total


no. *012:  --------+--------+--------+--------­|


                1  |    15  |    19  |     1  |    35


déménagé en ville  |        |        |        |  28.9%


                   +--------+--------+--------|


                2  |    40  |    39  |     7  |    86


pas déménagé       |        |        |        |  71.1%


                   +--------------------------+


            Colonne    55       58        8       121


             Total    45.5     47.9      6.6    100.0%

Des partisans de cet islamisme se trouvent bien sûr aussi parmi les jeunes qui regardent la culture amazighe comme «du folklore, qui a surtout de l'importance pour le tourisme». Il s'agit de seize pour cent, chiffre composé comme prévu bien sûr surtout des filles et des citadins (respectivement 22.7% et 23.9%, contre 8.2% à la campagne). De plus il y a des jeunes qui jugent: «ce sont des coutumes arriérées et des idées de paysans primitifs» (3.9%) L'ensemble de ceux qui méprisent la culture amazighe s'élève donc à presque un tiers, à 30.8%. Concernant ces jeunes, il faut donc constater qu'un tiers parmi eux s'oppose d'une façon claire contre deux tiers. Le sujet de la renaissance amazighe suscite donc des controverses brûlantes parmi les jeunes.

      Vu cette constatation, il est dommage que les médias marocains ne veuillent ou ne puissent pas prêter l'oreille aux sujets sérieux qui intéressent les jeunes et qu'ils font croire (cf. le journal «l'Opinion») que ces derniers sont principalement tourmentés par des problèmes sentimentaux de leur vie privée.

*076. Quelle valeur attribues‑tu à l'ensemble de la culture amazighe, aux contes populaires, aux moussems, aux coutumes ‑ à l'orf, etc., des Imazighen du Maroc?


                       Totaux         Filles        Citadins     Campagnards


sujet abrégé:          nombre %abs    nombre %abs   nombre %abs  nombre %abs



a‑héritage import      66    51.6     33    50      25   37.3    41    67.2


b‑jahilliya/incrédul   11     8.6      7    10.6     8   11.9     3     4.9


c‑vieille sagesse      13    10.2      6     9.1     4    6.0     9    14.8


d‑coutumes arriérées    5     3.9      2     3.0     4    6.0     1     1.6


e‑source d'inspiration  4     3.1      1     1.5     3    4.5     1     1.6


f‑superstition          3     2.3      -     -       3    4.5     -    


g‑renforcement démocrat 5     3.9      2     3.0     4    6.0     1     1.6


h‑du folklore          21    16.4     15    22.7    16   23.9     5     8.2


abst.                   6    (4.5)     2    (2.9)    1   (1.5)    5    (7.6)


                     ------------------------------------------------------


Total                 134    100%     68    100%    68   100%    66    100%




Dans le cadre de ces jugements religieux et notamment islamistes sur le mouvement Amazigh il est intéressant de noter qu'au Maroc la situation semble moins polarisée qu'en Algérie. Je réfère à un article récent du 8 juin 2001 dans le journal AL-ASR du parti PJD - d’orientation islamiste - (cf. le service de presse de l'Ambassade de France au Maroc):

«LES ISLAMISTES ET LA QUESTION AMAZIGHE. (Abdelali Hamieddine) (……)

La commission nationale de réforme de l'enseignement a compté parmi ses membres les frères Abdelilah Benkirane du PJD et Jamî Moutaçi­me de l'UNT. Leur participation s'est caractérisée par la défense des principes de l'identité nationale et de leur incarnation dans le domaine de l'enseignement. Ils ont, certes, défendu avec la plus grande énergie l'enseigne­ment de l'Islam et de la langue arabe, mais nul ne peut prétendre qu'ils se sont opposés à l'enseignement de la langue amazighe. Bien au contraire, ils se sont montrés dans ce domai­ne en accord avec les choix du parti favora­bles à une revivification du patrimoine amazighe, sachant qu'il s'agit même en l'occurrence de la meilleure réponse aux programmes d'occidentalisation francophone rava­geurs. Il est ainsi apparu que les Islamistes n'a­vaient aucun complexe face à cette question : il s'agit là d'une position de principe. Nous n'avons aucune­ment à actuali­ser notre discours pour l'adapter à une nouvelle situation politique comme l'a prétendu Mohamed Guessous [au cours de la dernière émission de "Mounadharat"] ( Rem­arquons incidemment la grande différence entre sa positi­on et celle de Mohamed Abed El Jabiri qui ne reconnaît pas, par principe, l'existence de la question amazighe !). Nos choix ne sont pas fondés sur des orientations natio­nalistes étriquées. Nous nous référons aux principes sublimes de l'Islam qui reconnaissent le pluralisme cultu­rel et réunissent à ce titre les Turcs, les Kurdes et les Afghans, les Arabes et les Amazighes...»





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dr. Ron Haleber, Turkish Center Günes, Amsterdam Oost Holland.
                                                                         



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